
Cannabis et MICI : ce que disent les études sur Crohn et la rectocolite hémorragique
Maladie de Crohn, rectocolite hémorragique : ce que le système endocannabinoïde a à voir avec l’inflammation intestinale, et ce que montrent vraiment les essais chez l’humain.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), dont la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, touchent des millions de personnes dans le monde, avec des symptômes épuisants comme les douleurs abdominales, la diarrhée chronique et la perte de poids. Le cannabis médical est étudié comme piste pour soulager ces symptômes : des études chez l’animal et quelques petits essais chez l’humain sont encourageants, mais les preuves restent préliminaires et ne remplacent pas le suivi par un gastro-entérologue.
Le traitement classique des MICI passe souvent par des immunosuppresseurs et des anti-inflammatoires, qui peuvent avoir des effets secondaires importants. Dans ce contexte, le cannabis médical apparaît comme une piste prometteuse pour gérer les symptômes.

MICI : quels symptômes et quelles causes ?
Les MICI touchent le tube digestif, surtout l’intestin grêle et le côlon. Les symptômes les plus fréquents : diarrhée chronique, douleurs et crampes abdominales, perte de poids involontaire, fatigue et fièvre. Mais toutes les personnes diagnostiquées ne les ont pas tous.
Les symptômes courants des MICI :
- Diarrhée chronique : un des symptômes les plus fréquents, qui peut durer et épuiser.
- Douleurs et crampes abdominales : des douleurs au ventre, plus ou moins intenses.
- Perte de poids involontaire : due à la mauvaise absorption des nutriments et à la perte d’appétit.
- Fatigue : une sensation d’épuisement constante, que le repos n’améliore pas.
- Fièvre : dans certains cas, les MICI peuvent donner de la fièvre.
Les causes des MICI :
La cause exacte des MICI est inconnue, mais la plupart des médecins s’accordent à dire que la génétique joue un rôle important. L’alimentation et le mode de vie comptent beaucoup pour contrôler les symptômes, mais on débat encore pour savoir s’ils contribuent directement à l’apparition de la maladie. Comme les MICI sont des maladies inflammatoires, un dérèglement du système immunitaire pourrait aussi être en cause.
Le cannabis peut-il soulager les MICI ?
D’après la recherche, le cannabis, et surtout le THC et le CBD, pourrait avoir des propriétés anti-inflammatoires. Ces composés agissent sur le système endocannabinoïde, très présent dans les cellules immunitaires, qui module la réponse immunitaire. Certains chercheurs pensent que les MICI pourraient être liées à un dérèglement du système endocannabinoïde, ce qui ferait du cannabis une piste de traitement possible.
L’idée d’utiliser le cannabis contre les MICI repose sur sa capacité supposée à réduire l’inflammation et à moduler la réponse immunitaire. Cette piste est de plus en plus explorée, vu les résultats observés dans certaines études et chez certains patients.
Cannabinoïdes du corps et de la plante : quel rôle dans l’inflammation intestinale ?
De nombreuses études, surtout chez l’animal, indiquent que le système endocannabinoïde joue un rôle important dans la régulation de l’inflammation intestinale. Les cannabinoïdes produits par le corps (endogènes) comme ceux qui viennent de l’extérieur (exogènes, comme ceux de la plante) peuvent influer sur l’inflammation de l’estomac et des intestins, ce qui ouvre une piste pour l’usage thérapeutique des cannabinoïdes exogènes.
Récepteurs CB et colite chez la souris : l’étude de 2004
Dans une étude de 2004, des chercheurs ont exploré le rôle des récepteurs CB chez des souris atteintes d’une colite provoquée en laboratoire. Résultat : les souris privées de récepteur CB1 avaient une inflammation plus sévère.
Et quand les souris recevaient un antagoniste CB (qui bloque le récepteur), elles montraient des symptômes proches de celles privées de récepteurs. À l’inverse, celles traitées avec un agoniste CB (qui active le récepteur) étaient mieux protégées contre la colite. Ces résultats suggèrent que renforcer la signalisation endocannabinoïde pourrait être bénéfique en cas de colite, du moins chez la souris.
Inhibiteurs de la FAAH et colite chez le rongeur : l’étude de 2014
Dans une autre étude chez le rongeur, en 2014, des chercheurs ont donné un inhibiteur de la FAAH, le PF-3845, à des souris atteintes d’une colite provoquée par le TNBS (un produit chimique utilisé pour induire l’inflammation). L’inhibiteur a réduit la colite et montré des propriétés anti-inflammatoires, liées à une modification des niveaux de certains lipides biologiques.
Dans la même veine, les inhibiteurs de la MAGL ont aussi donné des résultats positifs. La FAAH est l’enzyme qui dégrade l’anandamide, et la MAGL celle qui dégrade le 2-AG, deux cannabinoïdes produits par le corps.
Et le CBD dans tout ça ?
La recherche suggère qu’augmenter les niveaux de cannabinoïdes endogènes pourrait protéger contre la colite ou freiner son évolution, du moins chez l’animal. Certaines études suggèrent que le CBD agit comme inhibiteur de la FAAH : un exemple de la façon dont un cannabinoïde venu de la plante pourrait agir sur le système endocannabinoïde pour obtenir un effet thérapeutique.
Ce qu’il faut retenir des études chez l’animal
La littérature scientifique pointe un lien entre le système endocannabinoïde et l’inflammation gastro-intestinale. Les études citées suggèrent qu’agir sur ce système avec des cannabinoïdes endogènes ou exogènes pourrait ouvrir de nouvelles voies de traitement des MICI, ce qui souligne le potentiel thérapeutique du cannabis dans ce domaine.
Cannabis et MICI : que montrent les essais chez l’humain ?
Le cannabis est utilisé en médecine depuis des siècles, et une de ses premières applications en Europe a été de soulager les douleurs d’estomac liées au choléra, grâce au Dr William Brooke O’Shaughnessy, qui l’a ramené d’Inde.
Après près de 100 ans de prohibition, la science moderne commence à rattraper les observations du passé, et de plus en plus de données suggèrent que le cannabis peut soulager certains symptômes des MICI.
Combien de patients atteints de MICI utilisent du cannabis ?
Dans un questionnaire rempli par 292 patients atteints de MICI, un peu plus de la moitié (près de 52 %) avaient déjà consommé du cannabis à un moment ou à un autre pour gérer leurs symptômes. Parmi eux, 16,4 % l’utilisaient spécifiquement pour des raisons médicales, surtout contre les douleurs abdominales. Ce chiffre suggère qu’une part non négligeable de patients s’automédique au cannabis pour se soulager.
Dans une autre étude de cohorte, 313 patients atteints de MICI ont été interrogés : 17,6 % d’entre eux utilisaient du cannabis pour soulager les symptômes de la maladie.
Ceux qui en consommaient rapportaient une nette amélioration des douleurs abdominales (83,9 %), des crampes abdominales (76,8 %), des douleurs articulaires (48,2 %) et de la diarrhée (28,6 %). Mais on a aussi observé un risque plus élevé de chirurgie chez ceux qui en avaient pris pendant six mois ou plus.

Études observationnelles et essais cliniques
Une étude observationnelle publiée dans la revue de l’Association médicale israélienne a suivi 30 patients atteints de la maladie de Crohn, une forme de MICI. Chez 21 d’entre eux, le cannabis a été suivi d’une nette amélioration, et le besoin d’autres médicaments a aussi beaucoup diminué. Contrairement à l’étude de cohorte, les chercheurs ont noté moins d’opérations chez ceux qui consommaient du cannabis.
En 2013, la revue Clinical Gastroenterology and Hepatology a publié un essai clinique randomisé contre placebo, le premier du genre sur l’effet du THC chez des patients atteints de la maladie de Crohn.
L’essai portait sur 21 patients qui n’avaient pas répondu aux traitements classiques comme les corticoïdes, les immunomodulateurs ou les anti-TNF-α. Le groupe cannabis fumait deux joints par jour, contenant chacun 115 mg de THC, et le groupe placebo des fleurs de cannabis sans THC.
Des résultats encourageants, mais sur peu de patients
La rémission complète a été atteinte chez 5 des 11 patients du groupe cannabis, contre 1 sur 10 dans le groupe placebo. Trois patients du groupe cannabis ont aussi pu réduire leurs corticoïdes. Ces résultats suggèrent que le THC pourrait avoir un intérêt dans la maladie de Crohn, mais les chercheurs insistent sur la nécessité d’études plus larges pour les confirmer.
En résumé
De plus en plus de données suggèrent que le cannabis pourrait aider à soulager certains symptômes des MICI. Mais si les premières études sont prometteuses, il faut encore beaucoup de recherche pour bien comprendre son potentiel thérapeutique et établir des protocoles sûrs et efficaces. Et avant de toucher à ton traitement, parles-en à ton gastro-entérologue.
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