
Culture du cannabis : quel impact sur l’environnement ?
L’indoor brûle de l’électricité, l’outdoor boit de l’eau et pollue les rivières, et le chanvre, lui, peut réparer des sols : le bilan, chiffres à l’appui.
Oui, la culture du cannabis a un impact environnemental, et il dépend surtout de la méthode : en intérieur, la facture vient de l’électricité (lampes, clim, ventilation) ; en extérieur, de l’eau, des pesticides et des engrais qui filent dans les rivières. Le chanvre, lui, peut aussi rendre des services à l’environnement. La plante de cannabis est cultivée depuis l’Antiquité pour ses usages médicinaux et récréatifs, et même si elle reste taboue ou interdite dans beaucoup d’endroits, en Argentine le Congrès a voté une loi qui encadre l’industrie du cannabis médical et du chanvre industriel : le pays fait ses premiers pas dans la production, la vente et l’export. D’où la grande question : quel est l’impact de tout ça sur l’environnement ?
D’abord, les deux façons de cultiver le cannabis
En intérieur (indoor)
La culture en intérieur (y compris sous serre) permet de tout contrôler, la lumière comme la température, mais elle coûte plus cher, consomme beaucoup d’énergie et pèse plus lourd sur l’environnement. Or réduire l’impact global de l’agriculture, c’est indispensable pour rester dans des limites durables.

En extérieur (outdoor)
La culture en plein air, c’est la méthode traditionnelle, celle d’origine. Elle coûte peu, mais dépend de la météo et des ressources naturelles. Et une mauvaise gestion du sol, de l’eau ou des nuisibles peut causer de sérieux problèmes environnementaux.
Quelle pollution selon la méthode de culture ?
- Chaque option touche l’environnement à sa façon. D’après des travaux publiés dans Nature Sustainability, les émissions liées à la production d’un kilo de cannabis cultivé en intérieur équivalent à peu près à brûler jusqu’à 2 000 litres d’essence. Selon une estimation relayée par New Scientist, l’empreinte carbone de la culture indoor à grande échelle se situe entre 2,2 et 5,1 tonnes de CO2 par kilo de fleurs sèches.
- À l’inverse, la culture outdoor peut consommer jusqu’à 140 fois moins d’électricité que l’indoor, selon une étude d’un groupe de travail sur les bonnes pratiques environnementales du cannabis dans l’Oregon, aux États-Unis. Mais le même groupe alerte sur l’eau : un plant adulte peut boire jusqu’à 22,7 litres par jour pendant les 150 jours de la saison de croissance, presque deux fois plus qu’un pied de vigne.
Le problème, c’est qu’il manque encore de vrais repères pour une culture durable, parce que l’impact environnemental du cannabis reste mal connu. Avec la légalisation inédite dans certains pays, une évaluation environnementale complète devient urgente.
Le chanvre peut-il être bon pour l’environnement ?
On a parlé des risques, mais le cannabis peut aussi avoir un impact positif. Un chercheur de l’université de Cambridge a expliqué que la culture du chanvre peut capter le carbone de l’atmosphère « deux fois plus efficacement que les forêts », tout en fournissant aux architectes et aux designers des matériaux à bilan carbone négatif.
Le chanvre industriel, qui n’a pas d’effet psychoactif vu sa faible teneur en THC, peut aussi jouer sur les sols : il a montré qu’il pouvait pousser sur des terres très polluées et contribuer à les dépolluer, là où d’autres cultures n’auraient aucune chance.
Le chanvre peut aussi limiter les dégâts de l’agriculture en rendant d’autres industries plus durables : il remplace plusieurs matières premières, puisque ses fibres permettent de fabriquer des produits biodégradables, du tissu au papier en passant par le plastique.

Eau, pollution, rivières : les trois gros enjeux de la culture du cannabis
Les besoins en eau
Le cannabis est une culture gourmande en eau et en nutriments : sur une saison, il lui faut deux fois plus d’eau que le maïs, le soja ou le blé. En moyenne, on estime qu’un plant consomme 22,7 litres d’eau par jour pendant la saison de croissance. La consommation varie d’un endroit à l’autre selon plein de facteurs (géographie, type de sol, climat, méthode de culture), mais tout le monde s’accorde à dire que le cannabis a très soif. Avec la hausse de la population et le changement climatique, la forte demande en eau de l’agriculture risque fort d’aggraver les pénuries dans les années à venir.
Ces gros besoins mettent la pression sur les ressources. La dérivation de l’eau est une pratique courante : on prélève ou on transfère l’eau d’un bassin versant à un autre pour irriguer. Ça règle le problème du manque d’eau pour la culture, mais ça en crée d’autres.
La pollution de l’eau
La culture du cannabis, surtout illégale, peut dégrader la qualité de l’eau. Les pesticides épandus contre les nuisibles et les maladies (herbicides, insecticides, fongicides, nématicides et raticides) finissent dans l’eau sans aucun contrôle et font peser de gros risques sur le milieu aquatique. Le trajet et le devenir des engrais et pesticides varient selon les cas.
Par exemple, l’azote et les pesticides peuvent partir avec le ruissellement ou s’infiltrer dans les nappes phréatiques à cause de la pluie ou d’un arrosage excessif. Si cette eau polluée continue d’être utilisée, elle ajoute encore des polluants au sol, aux eaux de surface et aux nappes. Au final, ces produits chimiques peuvent menacer les humains et les cultures tout au long de la chaîne alimentaire.
Les écosystèmes aquatiques
Dérivations et pollution touchent directement les écosystèmes aquatiques. La forte demande en eau des cultures de cannabis dans les bassins versants pèse lourd sur la faune, comme les poissons et les amphibiens, parce que ces cultures sont très répandues autour des cours d’eau, en amont de zones qui abritent des espèces aquatiques fragiles.
Il est vital que tous les producteurs soient sur la même longueur d’onde côté eau, parce que la modification des débits est une des plus grosses menaces pour la biodiversité aquatique. Et l’industrie du cannabis est en train de devenir une grosse consommatrice de dérivations d’eau.

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