
Cannabis chez les ados : ce que ça fait vraiment à un cerveau qui se construit
École, mémoire, santé mentale, dépendance, grossesse : les risques du cannabis avant 25 ans, et ce que les parents peuvent faire.
Chez les ados, le cannabis pose plus de risques que chez les adultes, parce que le cerveau continue de se construire jusqu’à 25 ans environ. Les études l’associent à des difficultés scolaires, des problèmes de mémoire et d’attention, un risque de dépendance presque doublé quand on commence jeune, et à des effets sur la santé mentale. Avec la légalisation qui avance dans plusieurs pays et une acceptation sociale qui grandit, la question de son impact sur le développement physique, mental et émotionnel des plus jeunes n’a jamais été aussi présente.

Cannabis, marijuana, shit : c’est la même chose ?
Dans les conversations ou dans les médias, on entend encore plein de noms différents, mais « cannabis » reste le terme le plus courant pour parler des produits tirés de la plante Cannabis sativa.
On utilise souvent « marijuana » comme synonyme de « cannabis », mais il y a une nuance technique. La marijuana désigne en gros n’importe quelle partie de la plante (ou produit) avec un taux important de tétrahydrocannabinol (THC), la molécule responsable des effets psychoactifs du cannabis.
Certaines personnes évitent le mot « marijuana » à cause de ses connotations négatives et des préjugés anti-mexicains qui y sont associés, surtout aux États-Unis. Et le THC n’est pas le seul composant actif du cannabis : il existe plus de 100 cannabinoïdes, dont le fameux cannabidiol (CBD).
Le haschich, qu’on appelle aussi shit ou résine, est fabriqué à partir de la résine qu’on trouve surtout sur les têtes, les fleurs du cannabis.
Le cannabis se consomme sous plein de formes : fumé, inhalé au bang, ou vapoté avec des vapes et autres appareils qui produisent un aérosol. On peut aussi le mettre dans de la nourriture, des boissons ou des bonbons, ce qu’on appelle des « edibles ». Les concentrés ou huiles de cannabis peuvent aussi s’inhaler, une méthode qu’on appelle le « dabbing ».
Quelles sont les conséquences du cannabis chez les ados ?
Les effets dont on va parler dépendent de la quantité consommée, de la fréquence, de la durée et de l’âge auquel on a commencé.
Résultats scolaires
Quand un ado ou un enfant fume souvent, il peut avoir des difficultés à l’école et moins de chances de réussir ses études et sa vie professionnelle. Une analyse de 48 études montre que les jeunes qui consomment régulièrement ont beaucoup plus de risques de quitter l’école avant d’avoir leur diplôme.
Voies respiratoires
Comme celle du tabac, la fumée du cannabis irrite la bouche, la gorge et les poumons. Elle contient d’ailleurs beaucoup des mêmes toxines et substances cancérigènes que la fumée de cigarette. Fumer du cannabis peut déclencher une bronchite, avec de la toux et des glaires qui peuvent gâcher le sommeil. Quant au vapotage chez les jeunes, ses risques méritent un article à part.
Cerveau, système nerveux et puberté
Le gros souci chez les ados, c’est que leur cerveau est en plein développement, et qu’il continue de se construire jusqu’à 25 ans environ. Les effets du cannabis sur le système nerveux central peuvent perturber ce développement et entraîner :
- Des difficultés à réfléchir et à résoudre des problèmes
- Des problèmes de mémoire et d’apprentissage
- Une moins bonne coordination et des réflexes plus lents
- Du mal à se concentrer et à rester attentif
De plus en plus d’études indiquent qu’une exposition précoce augmente le risque d’atteintes dans certaines zones du cerveau. Plusieurs auteurs ont décrit des perturbations de processus fondamentaux : la neurogenèse (la fabrication de nouveaux neurones), la myélinisation, la migration des glioblastes et des neuroblastes, les connexions entre neurones et la maturation des systèmes de neurotransmetteurs.
Ce sont des éléments essentiels au bon fonctionnement du système nerveux central, et la récupération neuropsychologique peut prendre des mois, même après l’arrêt.
Chez les ados qui commencent très tôt, une consommation chronique peut aussi entraîner d’autres troubles, comme une gynécomastie (développement des seins chez le garçon) et une baisse du taux de testostérone dans le sang, qui revient à la normale après l’arrêt.
Chez les garçons, la consommation peut aussi toucher la production de spermatozoïdes et provoquer des troubles de l’érection. Si l’exposition a lieu avant la puberté, elle risque de la retarder. Et la sensibilité du cerveau à cet âge-là varie d’une personne à l’autre.
Grossesse à l’adolescence
Le THC, le principe actif du cannabis, traverse le placenta, ce qui peut nuire au fœtus pendant la grossesse. Du coup, la question se pose : quels problèmes peut avoir un bébé dont la mère a consommé du cannabis enceinte ?
Les effets négatifs changent selon le moment de la grossesse. Au premier trimestre, des études ont observé une baisse de la testostérone du fœtus pendant la période de différenciation sexuelle. Plus tard dans la grossesse, on a relevé des retards de croissance du fœtus et des atteintes du cerveau en développement.
Ça touche le développement neurologique : un périmètre crânien nettement plus petit à la naissance, puis, pendant l’enfance et l’adolescence, des troubles que les études associent à cette exposition, comme la dépression, l’anxiété, des problèmes de mémoire, le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) et des comportements délinquants à l’adolescence, pas forcément à l’âge adulte.

Santé mentale
La consommation de cannabis à l’adolescence a été associée à plusieurs troubles : dépression, anxiété, idées suicidaires et troubles de la personnalité.
L’un des liens dont on parle le plus, même s’il reste discuté, c’est le « manque de motivation », ou « syndrome amotivationnel » : une baisse ou une absence d’envie de faire des choses qui, normalement, font plaisir. Vu le rôle central du système endocannabinoïde dans la régulation de l’humeur, il faut confirmer et bien comprendre ces associations avant de les prendre pour argent comptant.
Vie de tous les jours
Conduire, faire du skate, du vélo ou du sport sous l’effet d’une drogue peut provoquer des accidents graves. Un ado défoncé peut aussi prendre plus de risques sur le plan sexuel, avec des conséquences qui durent.
Dépendance
Beaucoup de gens pensent qu’on ne peut pas devenir accro au cannabis, mais la recherche dit le contraire. Environ 9 % des consommateurs développent un trouble de l’usage du cannabis, et ce chiffre grimpe à 17 % chez ceux qui ont commencé à l’adolescence.
On parle de trouble de l’usage quand le jeune n’arrive pas à arrêter, même quand ça lui cause des problèmes ou qu’il veut décrocher. Plus de 55 % des jeunes de 12 à 17 ans qui demandent un traitement pour un trouble de l’usage d’une substance sont dépendants au cannabis.
Des médicaments à base de cannabis pour des enfants gravement malades
L’Epidiolex, un médicament qui contient du cannabidiol (CBD) purifié, a montré son efficacité pour contrôler les crises d’épilepsie liées au syndrome de Lennox-Gastaut et au syndrome de Dravet.
Après de longs essais, la FDA, l’agence américaine du médicament, a autorisé l’Epidiolex chez l’enfant dès 2 ans. Le dronabinol et la nabilone sont des médicaments à base de THC autorisés par la FDA contre les nausées et vomissements provoqués par la chimiothérapie.
On espère qu’avec la poursuite de la recherche, la FDA développera, testera et examinera d’autres médicaments à base de cannabis.
Cannabis et ados : le rôle des parents
Les jeunes comptent sur les adultes qui s’occupent d’eux pour les protéger et veiller à leur bien-être.
Alors que les mentalités et les lois sur le cannabis évoluent, l’American Academy of Pediatrics (AAP), l’association américaine des pédiatres, appelle les parents et les proches à jouer un rôle actif pour défendre les jeunes et à s’informer sur les effets positifs comme négatifs du cannabis. Connaître les faits, parler ouvertement avec ses enfants et, si leur consommation t’inquiète, demander conseil à un médecin : ce sont les étapes de base pour assumer cette responsabilité.
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