Cannabis et cycle menstruel : ce que le THC change à l’ovulation et aux règles
SANTÉ

Cannabis et cycle menstruel : ce que le THC change à l’ovulation et aux règles

Ovulation, durée du cycle, douleurs, nidation : ce que disent vraiment les études sur le cannabis et les règles, et où elles s’arrêtent.

PAR Rédaction CosechaLibre7 MIN DE LECTURE

Le cannabis peut toucher le cycle menstruel de plusieurs façons : d’après les études disponibles, le THC pourrait freiner l’ovulation (surtout observé chez l’animal), modifier la durée du cycle et gêner la nidation de l’embryon. À l’inverse, beaucoup de femmes disent qu’il soulage leurs douleurs de règles. Mais la recherche chez la femme reste maigre, et rien de tout ça n’est encore tranché.

Avec la hausse de la consommation, récréative comme médicale, l’intérêt pour ces questions a explosé. Les femmes qui fument ou consomment du cannabis rapportent souvent des changements dans leur cycle, et la science commence à peine à creuser ces observations pour comprendre les mécanismes derrière.

Y voir plus clair sur ces interactions, c’est mieux comprendre l’impact du cannabis sur la santé des femmes, et pouvoir décider en connaissance de cause.

Joint roulé posé sur une table

1. Le THC pourrait réduire la fertilité au moment de l’ovulation

Pas mal d’études se sont penchées sur le lien entre le système endocannabinoïde (le réseau de récepteurs et de messagers que le THC vient activer) et le cycle reproductif féminin. Elles montrent que le taux d’anandamide, le principal endocannabinoïde produit par le corps, varie beaucoup au fil du cycle.

L’anandamide atteint son pic pendant l’ovulation, quand l’ovaire libère l’ovule. Comme elle active les récepteurs cannabinoïdes, on pourrait s’attendre à ce que des taux élevés de THC, qui les active aussi, ne perturbent pas l’ovulation.

Pourtant, des recherches des années 1970 et 1980 suggèrent que le THC peut bloquer l’ovulation chez plusieurs mammifères, primates compris. Ça n’a pas été étudié spécifiquement chez la femme. Le THC agirait en freinant la production de l’hormone lutéinisante (LH), indispensable à l’ovulation.

À noter : chez les consommatrices régulières, une tolérance à cet effet anti-ovulation pourrait se développer. Il faut quand même plus de recherches pour savoir précisément comment cannabis et ovulation sont liés chez la femme.

2. Le cannabis peut-il calmer les douleurs de règles ?

Le cannabis a servi de remède contre la dysménorrhée, autrement dit les règles douloureuses, dans la médecine traditionnelle de plusieurs cultures. Une anecdote célèbre raconte que la reine Victoria en prenait pour ses douleurs menstruelles, sous le contrôle de son médecin personnel, Sir John Russell Reynolds, qui défendait l’usage médical du cannabis. L’histoire n’a jamais été confirmée.

Aujourd’hui, beaucoup de femmes utilisent encore le cannabis contre les douleurs de règles et rapportent un vrai soulagement ressenti.

Il n’existe pas d’études formelles qui prouvent son efficacité, et les mécanismes biologiques ne sont pas clairement établis. Les recherches suggèrent toutefois que le THC a des effets analgésiques et antinociceptifs.

Un analgésique calme la douleur de façon générale, alors qu’un antinociceptif empêche les nerfs de capter les signaux de douleur. Le THC comme le CBD ont aussi des propriétés anti-inflammatoires, qui pourraient contribuer à réduire l’inconfort.

Pour celles qui cherchent à soulager la douleur sans le côté psychoactif du THC, le CBD peut être une piste.

3. Le cannabis pourrait freiner des hormones clés avant les règles

Pendant la phase prémenstruelle, qu’on appelle aussi phase lutéale, les variations hormonales peuvent provoquer toute une série de symptômes : douleurs, irritabilité, sautes d’humeur, fatigue, ballonnements.

À ce moment du cycle, certaines hormones comme la progestérone grimpent nettement, tandis que d’autres, comme les œstrogènes, baissent.

Quand ces symptômes sont anormalement forts, on parle de syndrome prémenstruel (SPM). Les médecins ont longtemps prescrit de la progestérone en complément pour traiter les SPM sévères, mais des recherches récentes montrent que ce traitement ne marche pas toujours.

L’idée la plus répandue, c’est que les symptômes anormaux viennent d’un manque de progestérone à un moment où elle devrait être haute. Pourtant, certaines manifestations du SPM semblent au contraire liées à un excès de progestérone et à un manque d’œstrogènes.

Quels effets a le cannabis pendant la phase prémenstruelle ?

Les symptômes prémenstruels sévères, ceux qu’on classe comme SPM, viennent de variations et de déséquilibres hormonaux. Et certaines données suggèrent que le cannabis peut avoir plusieurs effets pendant la phase lutéale, c’est-à-dire entre l’ovulation et l’arrivée des règles.

Consommer du cannabis pourrait :

  • Faire baisser le taux de progestérone.
  • Modifier le taux d’autres hormones importantes, comme la prolactine et le cortisol.
  • Freiner l’hormone lutéinisante (LH), comme on l’a vu pour l’ovulation.

Les mécanismes précis ne sont pas encore décrits en entier, mais le système endocannabinoïde joue clairement un rôle. Les femmes qui ont des symptômes anormaux pendant cette phase pourraient peut-être tirer profit de traitements à base de cannabinoïdes, ce qui reste à démontrer.

Filtres en chanvre pour joint

Dans les faits, beaucoup de femmes dans le monde disent se sentir mieux quand elles consomment du cannabis avant leurs règles. Ce mieux-être viendrait sans doute des effets relaxants et anxiolytiques bien connus du cannabis, plus que d’une action directe sur les hormones.

4. Le THC peut-il raccourcir le cycle menstruel ?

Les recherches actuelles suggèrent que le THC pourrait raccourcir le cycle menstruel. Dans une étude de 1986 sur l’effet du THC sur l’hormone lutéinisante, les femmes qui avaient reçu du cannabis ont eu des cycles globalement plus courts que celles qui avaient reçu un placebo.

Ce qu’on a observé chez les primates

Détail intéressant : des études plus anciennes sur des primates montrent que le THC peut modifier la durée du cycle, mais pas forcément la raccourcir. Une étude de 1980 sur des macaques rhésus a trouvé que les femelles traitées au THC avaient des cycles nettement plus longs. Dans un cas, le cycle d’une femelle a duré 145 jours, contre 30 en temps normal.

Pourquoi il faut plus de recherches

Il faut clairement plus d’études pour savoir si, et comment, le THC change la durée du cycle chez la femme. Comme pour l’effet anti-ovulation, il est possible que les consommatrices régulières développent vite une tolérance à un éventuel effet du THC sur la durée du cycle.

5. Le THC peut-il gêner la nidation de l’embryon ?

Ces dix dernières années, plusieurs études se sont intéressées à la façon dont le système endocannabinoïde intervient dans la conception et les premières étapes de la grossesse.

Elles ont montré que le taux d’anandamide varie beaucoup au fil du cycle et qu’il est au plus bas pendant la « fenêtre d’implantation ».

C’est quoi la fenêtre d’implantation ?

La fenêtre d’implantation, c’est la période pendant laquelle l’embryon peut s’accrocher à l’endomètre, la muqueuse de l’utérus. Elle tombe en général entre 6 et 10 jours après l’ovulation et dure environ trois jours.

Ce que le THC pourrait changer à la nidation

Dans des études où on a augmenté artificiellement l’anandamide pendant cette période, l’implantation ne s’est pas faite. Comme l’anandamide et le THC activent tous les deux les récepteurs cannabinoïdes, on peut penser que consommer du THC pendant la fenêtre d’implantation aurait un effet comparable. Mais c’est un raisonnement simpliste, pas forcément valable pour un système aussi complexe que le système endocannabinoïde.

Ce qu’on te conseille si tu veux tomber enceinte

Il faut encore des recherches pour confirmer un lien entre la consommation de cannabis riche en THC et l’échec de l’implantation d’un ovule fécondé pendant cette fenêtre.

En attendant, par précaution, si tu consommes du cannabis et que tu veux tomber enceinte, le mieux est d’arrêter et d’en parler à ton médecin : on ne connaît pas de délai qui soit sûr, et pendant la grossesse et l’allaitement, la consommation est déconseillée.

Cannabis et cycle menstruel : ce qu’il faut retenir

Le THC peut avoir plusieurs effets sur le cycle menstruel, dont un raccourcissement possible et une gêne à la nidation de l’embryon. La recherche continue et il faut plus de preuves pour confirmer tout ça, mais si tu veux tomber enceinte, garde en tête ces effets possibles de la consommation de cannabis.