Cannabis et troubles alimentaires : ce que dit la recherche sur l’anorexie et la boulimie
SANTÉ

Cannabis et troubles alimentaires : ce que dit la recherche sur l’anorexie et la boulimie

Le cannabis ouvre l’appétit, mais ça ne fait pas de lui un traitement des TCA : ce que l’on sait, ce qu’on ne sait pas, et pourquoi la prudence s’impose.

PAR Rédaction CosechaLibre6 MIN DE LECTURE

Le cannabis peut-il aider en cas de troubles alimentaires ? Aujourd’hui, aucune recommandation médicale ne valide son usage pour soigner l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie, et il ne remplace jamais une équipe soignante. La weed est pourtant connue depuis des milliers d’années pour ouvrir l’appétit et donner envie de manger. Mais ce n’est pas tout.

On l’a longtemps utilisée contre le manque d’appétit, et certains chercheurs l’étudient dans les troubles du comportement alimentaire. La recherche récente suggère que le lien entre le système endocannabinoïde et des maladies comme l’anorexie pourrait être plus profond qu’on ne le pensait, même si rien n’est encore clair.

C’est quoi, un trouble du comportement alimentaire ?

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont des maladies à part entière, dans lesquelles la personne se sert du contrôle de la nourriture pour faire face à ses émotions. Ça peut passer par le fait de manger trop ou trop peu, ou par une obsession pour son poids ou la forme de son corps.

Précision importante : chaque trouble demande un traitement différent, selon la maladie et l’histoire de la personne.

Les différents troubles alimentaires

L’hyperphagie boulimique :

C’est le fait de manger sans contrôle, bien au-delà de la satiété et souvent jusqu’à se sentir mal. Ces crises sont en général suivies de culpabilité et de honte. Ce trouble peut entraîner une prise de poids et une obésité.

La boulimie :

Elle associe des crises de frénésie alimentaire à des purges : vomissements provoqués, laxatifs, ou comportements compensatoires comme le jeûne ou le sport à outrance. Les personnes touchées peuvent avoir un poids un peu bas, normal ou en surpoids.

L’anorexie mentale :

Moins fréquente que les deux autres, l’anorexie a l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi les troubles psychiques. Les personnes touchées se trouvent trop grosses alors qu’elles sont dangereusement en dessous d’un poids normal. Ça mène à des restrictions alimentaires sévères et à un épuisement physique.

Comment on soigne l’anorexie

Le traitement de l’anorexie mentale passe en général par une équipe : médecins, professionnels de santé mentale et diététiciens, tous formés aux symptômes de l’anorexie et des autres troubles alimentaires. Un suivi thérapeutique dans la durée et l’éducation nutritionnelle sont essentiels pour tenir la guérison.

Assiette presque vide sur une table

Ce qu’il faut garder en tête côté traitement

  • L’une des grandes difficultés cliniques, c’est que les troubles alimentaires vont souvent de pair avec un trouble lié à l’usage de substances. Ça inclut l’abus de cannabis, qui peut commencer avant, en même temps ou après le début du trouble alimentaire.
  • Autre difficulté : les personnes anorexiques tirent une forme de force du fait de résister à l’envie de manger. L’effet « ouvre-appétit » du cannabis ne suffit donc pas forcément à contrer les mécanismes neurobiologiques liés à ce trouble.

Le cannabis peut-il aider à soigner les troubles alimentaires ?

Certains chercheurs étudient si le cannabis médical pourrait servir de complément pour certaines personnes, toujours dans le cadre d’une prise en charge professionnelle comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), jamais à sa place. On distingue souvent trois grands types de cannabis : sativa, indica et hybrides, même si l’étiquette en dit moins sur l’effet que le profil en cannabinoïdes.

  • Les sativas : elles ont la réputation de donner de l’énergie et de faire « monter ». Certains les utilisent pour soulager des symptômes de déprime, de fatigue ou des troubles de l’humeur.
  • Les indicas : plutôt sédatives, elles détendent tout le corps et sont les plus souvent citées pour les personnes qui souffrent de troubles alimentaires.
  • Les hybrides : elles mélangent les deux et sont censées équilibrer leurs effets.

Il existe peu d’études sur l’effet du THC sur l’appétit des personnes qui souffrent d’un trouble alimentaire. En revanche, il y a pas mal d’études sur l’effet du cannabis et des cannabinoïdes sur la perte d’appétit liée à des maladies qui épuisent l’organisme, comme le cancer, le sida ou l’hépatite.

Même si leurs résultats varient beaucoup, on peut dire que le système endocannabinoïde joue un rôle important dans la gestion de l’appétit et de l’alimentation. Ces études aident les scientifiques à mieux comprendre comment il fonctionne et comment il régule l’appétit, la prise alimentaire et la satiété.

Troubles alimentaires et système endocannabinoïde : quel lien ?

Le système endocannabinoïde (SEC) est un réseau de récepteurs, d’enzymes et de molécules endocannabinoïdes qui maintient l’équilibre (l’homéostasie) de nombreuses fonctions du corps. Les récepteurs CB1, présents dans le système nerveux central, envoient un signal de « calme » aux neurones trop actifs. Comme ils se trouvent dans les zones du cerveau qui contrôlent la prise alimentaire, on pense qu’un SEC qui dysfonctionne pourrait jouer dans l’apparition d’un trouble alimentaire.

En se fixant sur les récepteurs CB1, les cannabinoïdes consommés pourraient aider à réduire l’anxiété des patients et augmenter (ou diminuer, dans le cas des variétés riches en CBD) la quantité de nourriture qu’ils mangent.

Alors, le cannabis est-il recommandé contre les troubles alimentaires ?

En vrai, comme les troubles alimentaires peuvent aller de pair avec un trouble lié à l’usage de substances, beaucoup de médecins déconseillent de prescrire du cannabis pour les traiter, et il n’existe aucune recommandation qui fasse consensus. Certains estiment qu’avec un suivi, il pourrait aider sur certains symptômes, mais ce n’est pas une position établie. Chez les personnes qui font des crises d’hyperphagie ou de boulimie, le THC augmente l’envie de manger et peut aggraver le tableau. 

Comme pour toute maladie, l’essentiel est de consulter un professionnel et de suivre de près les médicaments ou les thérapies utilisés. Si tu traverses un trouble alimentaire, ou si c’est le cas d’un proche, le premier pas, c’est un médecin ou une équipe spécialisée, pas le cannabis tout seul. 

Plant de cannabis en croissance

Effets du THC : le cannabis peut-il provoquer des troubles alimentaires chez les ados ?

Aucune étude n’a montré que fumer de la weed puisse provoquer l’anorexie ou faciliter les privations chez les personnes qui en souffrent. Il y a toutefois des indices qu’elle peut couper l’appétit dans certaines circonstances. C’est surprenant, vu que son effet « ouvre-appétit » est très étudié en médecine.

D’après les chercheurs, cet effet dépendrait de fortes teneurs en CBD ou en THCV, deux cannabinoïdes qui coupent l’appétit d’après des études chez l’animal. Une étude menée par une société scientifique britannique a ainsi montré que ces deux cannabinoïdes réduisaient l’appétit chez la souris. L’effet viendrait de leur action sur les récepteurs CB1 (le THCV les bloque, le CBD module leur activité), qui contrecarre l’effet ouvre-appétit d’agonistes comme l’anandamide ou le THC. Chez l’humain, rien n’est encore clair, et chez les ados, dont le cerveau est en plein développement, la prudence est de mise.

Jette un œil à nos derniers articles !