Stress thermique du cannabis : reconnaître les signes et protéger tes plants
NOTES

Stress thermique du cannabis : reconnaître les signes et protéger tes plants

Feuilles qui se recroquevillent, bords grillés, fleurs qui tombent : comment repérer un plant qui souffre du chaud ou du froid, et quoi faire en indoor comme en outdoor.

PAR Rédaction CosechaLibre11 MIN DE LECTURE

Le stress thermique, c’est ce que subit un plant de cannabis quand il reste trop longtemps à des températures hors de sa zone de confort, en gros en dehors de 20 à 30 °C : il ralentit, se déshydrate et peut garder des séquelles. Pour l’éviter, on joue sur l’emplacement, la ventilation, l’éclairage et l’arrosage en intérieur, et sur l’ombrage, les pots et le paillage en extérieur. Voici comment protéger tes plantes des coups de chaud comme des coups de froid.

C’est quoi, le stress thermique ?

Le stress thermique apparaît quand les plantes sont exposées longtemps à beaucoup de soleil et de chaleur. On parle d’une période où les températures restent élevées assez longtemps pour abîmer durablement leur capacité à fonctionner ou à pousser normalement.

Pour la plupart des cultures, la plage idéale se situe entre 20 et 30 °C. En dehors de cette fourchette, que ce soit dans l’air ou dans le sol, de jour comme de nuit, les plantes en pâtissent.

Le stress dû à la chaleur dépend de trois choses qui s’additionnent : l’intensité de la chaleur, la durée d’exposition et la vitesse à laquelle la température grimpe.

Quels sont les symptômes d’une plante qui a trop chaud ?

Le stress thermique se manifeste de plusieurs façons, mais il n’est pas toujours facile à identifier : ses symptômes ressemblent à ceux de certains ravageurs ou maladies.

En plus, le stress thermique, qu’il vienne de la chaleur ou de la sécheresse, peut rendre les plantes plus vulnérables à d’autres maladies. Pour un diagnostic fiable, regarde les symptômes suivants dans leur ensemble. Ces signes valent pour les plantes cultivées en général, les exemples cités viennent du potager :

  1. Feuilles qui s’enroulent et se creusent : c’est le mécanisme qu’utilisent des plantes comme le maïs ou la tomate pour limiter la perte d’eau. La surface de la feuille se rétracte et les stomates se ferment.
  2. Flétrissement : la plante dispose de moins d’eau qu’elle ne peut en absorber, ce qui crée un déficit de pression hydrique. Plus tu tardes à traiter le stress thermique, plus le risque de dégâts irréversibles augmente.
  3. Bords des feuilles desséchés : certaines plantes sacrifient le bord de leurs feuilles pour survivre. C’est fréquent chez les courges et les potirons.
  4. Dégâts dus à l’ozone : la chaleur combinée à un air de mauvaise qualité peut provoquer des dégâts liés à l’ozone. Ça se voit sous forme de points bruns et secs entre les nervures des feuilles.
  5. Chute des fleurs et/ou des fruits : chez les plantes ornementales, le stress thermique peut faire tomber boutons et fleurs, ou empêcher la floraison. Chez les légumes comme le concombre, la courge ou le poivron, la chaleur peut faire tomber fleurs et fruits.
  6. Montée en graines : en réaction au stress thermique, certaines plantes fleurissent trop tôt, avant leur période normale de récolte. Ce phénomène, qu’on appelle « montée en graines », pénalise surtout les cultures de climat frais.
  7. Coup de soleil : des fruits comme les pommes, les tomates ou les melons peuvent brûler sous une chaleur extrême, surtout du côté exposé en plein soleil. Ça se traduit par une décoloration, des taches d’aspect mouillé, des cloques ou des taches dures et enfoncées à la surface du fruit.
  8. Nécrose apicale (cul noir) : la chaleur et le rayonnement intense accélèrent la photosynthèse et la transpiration, ce qui détourne l’eau et le calcium des fruits vers les feuilles. Résultat : une tache sombre et aqueuse au bout du fruit, surtout chez la tomate.

Que fait le stress thermique à une plante ?

Le stress thermique déshydrate les plantes et ralentit leur développement. La baisse de la photosynthèse est la conséquence directe de son impact sur la teneur en eau des feuilles et sur le potentiel hydrique de la plante.

Autrement dit, le stress thermique fait perdre de l’eau à la plante, qui finit par flétrir. Par contre, quand le stress est passager ou modéré, la plante peut ajuster sa respiration et sa transpiration pour retrouver un équilibre thermique.

Pour s’adapter, les plantes modifient la concentration de protéines solubles et de sucres afin de contrôler la pression osmotique dans leurs cellules. Et les pertes de rendement liées au stress thermique se voient sur toutes sortes de cultures, des céréales aux légumineuses en passant par les légumes-racines.

Parmi les dérèglements biochimiques et physiologiques les plus graves causés par le stress thermique, on trouve :

  1. La fermeture des stomates : quand il fait trop chaud, les stomates se ferment et la plante ne capte plus assez de dioxyde de carbone (CO2) pour la photosynthèse, ce qui peut freiner sa croissance et réduire le rendement.
  2. Les dégâts sur les protéines : les fortes températures abîment les protéines, ce qui réduit l’activité des enzymes et perturbe de nombreux processus métaboliques.
  3. Le stress oxydatif : une chaleur extrême peut déclencher un stress oxydatif, où la plante libère des espèces réactives de l’oxygène qui endommagent ses cellules et freinent sa croissance.
  4. Une transpiration accrue : la chaleur fait grimper la transpiration, ce qui réduit l’eau disponible pour la plante et provoque un stress hydrique.
Excès de chaleur sur le cannabis

Comment protéger une culture indoor de la chaleur ?

En intérieur, tu contrôles bien mieux l’environnement, et tu peux donc prendre des mesures efficaces pour protéger tes plants de cannabis des excès de chaleur.

Voici les différentes stratégies possibles, du choix de l’emplacement de ta culture jusqu’au système d’éclairage.

Choisis le bon emplacement pour ta culture indoor

L’endroit où tu installes ta culture indoor compte beaucoup pour protéger tes plants de la chaleur. Règle de base : plus la pièce est isolée de l’extérieur, mieux c’est. Si tu vis dans une région chaude et que tu choisis une pièce dont les murs prennent le soleil plein sud, tu vas galérer à contrôler la température en été.

Ventilation et extraction d’air

Une bonne ventilation est indispensable pour garder un flux d’air correct dans ta culture indoor et éviter que la chaleur et l’humidité s’accumulent en poches.

Les ventilateurs dans la box ou la chambre de culture font circuler l’air et le répartissent de façon homogène, ce qui limite l’apparition de pathogènes. Ils amènent de l’air frais dans chaque recoin de la culture, ce qui est essentiel au bon développement des plantes.

Choisir un bon extracteur d’air pour renouveler correctement l’air de la pièce ou de la box est tout aussi essentiel. Pour ça, calcule bien le volume de ton espace de culture afin de savoir quelle puissance d’extraction il te faut.

Systèmes de refroidissement

Si tu cultives en indoor l’été dans une région fraîche, aux étés courts et pas trop chauds, l’extraction seule peut suffire à garder la température dans les clous. Mais il faudra un extracteur puissant, idéalement réglable via un contrôleur pour augmenter le débit au fur et à mesure que la température monte.

Dans la plupart des cas, par contre, ça ne suffira pas : s’il fait 30 °C dehors, impossible que ton intérieur soit plus frais rien qu’en aspirant l’air extérieur.

C’est pour ça que, la plupart du temps, cultiver en intérieur l’été demande la clim.

Gérer l’éclairage et la chaleur des lampes en indoor

Les lampes d’une culture indoor chauffent et font monter la température ambiante. Bien choisir son éclairage est donc essentiel pour limiter son impact sur la température de la pièce ou de la box.

La distance entre la lampe et les plantes est déterminante pour doser la chaleur qu’elles reçoivent. Si tes plants sont trop près des lampes, ils peuvent commencer à brûler par le haut : dans ce cas, remonte la lampe pour augmenter la distance.

Les lampes au sodium HPS (high pressure sodium, sodium haute pression) ont dominé le marché pendant des années, mais ce sont aussi celles qui chauffent le plus. Si ton objectif est de garder la température sous contrôle, ce n’est peut-être pas le meilleur choix.

Les LED ou les LEC (lampes céramiques), elles, chauffent moins. Elles coûtent un peu plus cher à l’achat, mais tu te rattrapes sur le long terme avec une facture d’électricité plus légère.

Comment protéger une culture outdoor de la chaleur ?

En extérieur, c’est plus compliqué de contrôler l’environnement, mais il y a quand même quelques parades pour protéger tes plants de cannabis de la chaleur.

Faire de l’ombre aux heures les plus chaudes

Trop de soleil, c’est à éviter. Si tu vis dans une région où l’été dépasse les 35 °C, protéger tes plants du soleil quand il tape trop fort devient essentiel. Une simple toile d’ombrage suffit pour les abriter aux heures les plus chaudes.

Arrosage et humidité

Un arrosage adapté et un bon niveau d’humidité sont essentiels pour garder tes plantes hydratées et éviter le stress thermique. L’heure de l’arrosage compte beaucoup pour que la plante absorbe bien l’eau : arrose plutôt tôt le matin ou en fin de journée, une fois le soleil couché. Aux heures les plus fraîches, les plantes absorbent mieux et l’arrosage est plus efficace.

Choisis les bons pots

Garder les racines à l’abri d’une chaleur excessive compte aussi pour éviter le stress thermique. Évite donc les pots noirs, qui chauffent davantage, ou si tu en utilises, habille-les par exemple de plastique blanc.

Autre option : les pots en tissu (géotextile), qui en plus aèrent mieux les racines. Et si tu sais déjà que tu devras déplacer tes plants pour leur éviter les heures les plus chaudes, choisis une taille et un type de pot que tu peux vraiment porter.

Utilise un paillage, un engrais vert ou un autre matériau pour couvrir le substrat
Le paillage, ou « mulch », c’est une couche de matière organique en vrac, comme de la paille, qu’on étale sur le substrat autour des plantes. Il protège le sol et l’aide à garder de bonnes conditions.

On peut faire pareil avec un « engrais vert », qui joue le même rôle. Avec ce type de couverture, tu limites l’évaporation et tu gardes l’humidité du sol dans ta culture outdoor.

Choisis des variétés résistantes à la chaleur

Toutes les génétiques ne supportent pas les fortes températures de la même façon. Le cannabis est une plante plutôt coriace, qui s’est adaptée à toutes sortes de climats et de conditions, mais choisir la bonne variété fait vraiment la différence.

Certaines génétiques encaissent mieux la chaleur que d’autres. Voici quelques idées si tu cultives en extérieur dans une région très chaude :

  • Marruecos Beldía Kif
  • Sweet Afghani Delicious Auto
  • Amnesia
  • High Level
  • Jamaican Dream
  • Acapulco Gold
  • LSD 25 Auto
  • Lemon King

Et le stress dû au froid ?

Le stress par le froid, c’est l’inverse du coup de chaud : il apparaît quand la température de l’air et du sol descend sous la plage idéale de développement des plantes, ce qui peut nuire sérieusement à leur croissance.

Pendant ce type de stress, les plantes subissent plusieurs dérèglements biochimiques et physiologiques qui peuvent se traduire par une croissance au ralenti, un rendement en baisse et, dans les cas extrêmes, la mort de la plante.

Les gènes régulés par le froid (gènes COR) et l’accumulation de cryoprotecteurs, comme les sucres, les protéines et les acides aminés, sont des mécanismes que les plantes ont développés pour tolérer le froid : ils limitent le dessèchement et protègent les membranes des cellules.

La résistance d’une plante au froid dépend de l’espèce, mais aussi de la vitesse et de l’ampleur de la chute des températures. Une baisse progressive lui laisse le temps de s’acclimater, alors qu’un changement brutal provoque plus de stress et de dégâts, surtout en automne et au début de l’hiver.

Les cultivateurs peuvent protéger leurs plantes du froid avec un choix réfléchi des variétés et un bon entretien. Bien arroser avant une gelée peut aider la culture à passer les coups de froid.

Un sol bien humide stocke plus de chaleur et la restitue ensuite, ce qui rend les plantes plus résistantes au froid. Le paillage aide aussi à garder l’humidité du sol pendant la saison froide.

Pour bien gérer ces stress liés à l’environnement, les cultivateurs ont besoin de données météo précises et à jour, d’une évaluation des dégâts causés par le gel et la chaleur, et d’une bonne connaissance de la croissance de leurs plantes et du microclimat de leur parcelle. C’est ce qui leur permet de réagir vite pour protéger leurs plantes.