
Cannabis et Alzheimer : ce que la recherche dit du CBD et du THC
Système endocannabinoïde, plaques amyloïdes, inflammation : où en sont vraiment les études sur le cannabis et la maladie d’Alzheimer, et ce qui reste à prouver.
Le cannabis intéresse les chercheurs qui travaillent sur Alzheimer : en laboratoire et chez l’animal, le THC et le CBD montrent des effets anti-inflammatoires, antioxydants et neuroprotecteurs, et pourraient freiner la formation des plaques amyloïdes. Mais rien de tout ça n’est encore confirmé chez l’humain, et aucun cannabinoïde ne soigne la maladie aujourd’hui. Alzheimer est une maladie neurodégénérative qui touche surtout les personnes âgées et se caractérise par une perte progressive de la mémoire et des autres fonctions cognitives.
Des recherches récentes suggèrent que certains composés du cannabis, les cannabinoïdes, pourraient avoir un intérêt thérapeutique pour les personnes atteintes d’Alzheimer.
Les cannabinoïdes comme le THC et le CBD ont des propriétés qui pourraient agir sur les processus neurochimiques du cerveau et aider à soulager certains symptômes liés à la maladie.

La maladie d’Alzheimer et le potentiel des cannabinoïdes
Malgré trente ans d’efforts importants en recherche pharmacologique, les traitements actuels d’Alzheimer n’apportent qu’une amélioration limitée de la cognition et de l’autonomie, sans arrêter ni inverser le processus neurodégénératif.
Ce constat pousse à chercher en urgence des thérapies plus efficaces pour une population de malades qui ne cesse de grandir. Dans ce contexte, la recherche s’oriente vers des thérapies dites multicibles, capables d’agir sur plusieurs mécanismes de la maladie à la fois.
Les cannabinoïdes, des composés issus du cannabis, suscitent un intérêt croissant, car des données émergentes suggèrent qu’ils pourraient améliorer certains symptômes liés à Alzheimer.
Quel est le lien entre le système endocannabinoïde et Alzheimer ?
Les premiers indices sur le potentiel thérapeutique des cannabinoïdes dans la maladie d’Alzheimer sont venus de l’étude du système endocannabinoïde : un réseau de récepteurs, de molécules produites par le corps (les ligands endogènes) et d’enzymes qui fabriquent et dégradent ces molécules.
Des travaux pionniers du Dr Julián Romero et de la Dre María de Ceballos, à Madrid, ont mis en évidence une augmentation du récepteur cannabinoïde CB2 dans les cellules de la microglie (les cellules immunitaires du cerveau), qui s’activent autour des plaques amyloïdes typiques d’Alzheimer.
Ces résultats ont été confirmés par d’autres études et sur des modèles animaux. On a aussi observé une hausse de l’amide hydrolase des acides gras (FAAH), une enzyme qui dégrade l’anandamide, un cannabinoïde produit par le corps, dans les foyers d’inflammation autour des plaques de bêta-amyloïde (Aβ).
Ces découvertes suggèrent que les récepteurs CB2 et la FAAH pourraient être des cibles prometteuses pour de futurs traitements d’Alzheimer.
Le récepteur CB1 : un rôle encore débattu
Le rôle du récepteur cannabinoïde CB1 dans Alzheimer, lui, fait débat. Certaines études montrent une hausse de son activité au début de la maladie, puis une baisse aux stades avancés ; d’autres ne trouvent aucune différence notable entre les niveaux de CB1 dans le cerveau des malades et celui de personnes en bonne santé.
La modulation du CB1 reste malgré tout pertinente, à cause de son rôle neuroprotecteur et de son influence sur des processus touchés par la maladie. Une étude plus récente chez l’animal a montré que supprimer le récepteur CB1 accélère la progression d’Alzheimer dans ce modèle, ce qui souligne son importance.

Ces pistes sur le potentiel des cannabinoïdes montrent surtout qu’il faut continuer à explorer de nouvelles thérapies pour améliorer la qualité de vie des personnes touchées par cette maladie dévastatrice.
Comment le cannabis pourrait-il aider face à Alzheimer ?
1. Le CBD et le THC pour prévenir Alzheimer et freiner le déclin cognitif
La biochimie des réseaux de neurones humains est extrêmement complexe, et on est loin de tout comprendre. Mais garder un cerveau en bonne santé tout au long de la vie peut réduire nettement le risque de maladies neurodégénératives comme Alzheimer, ou au moins retarder leur apparition en ralentissant le déclin cognitif.
L’activité physique régulière est essentielle pour la santé des neurones, mais des composés venus de l’extérieur, comme les cannabinoïdes du cannabis, pourraient eux aussi jouer un rôle sur la chimie du cerveau.
Le cannabis contient des cannabinoïdes comme le THC et le CBD, qui ont des effets physiologiques intéressants pour Alzheimer. En laboratoire et chez l’animal, ces composés ont montré des effets anti-inflammatoires, antioxydants et neuroprotecteurs, et même une certaine stimulation de la régénération du tissu nerveux.
Certains chercheurs font l’hypothèse qu’ils pourraient ralentir la progression d’Alzheimer ou retarder son apparition, mais ce n’est pas encore confirmé chez l’humain.
2. Faibles doses de THC et production de bêta-amyloïde
La bêta-amyloïde est un peptide issu du découpage de la protéine précurseur de l’amyloïde (APP) ; elle participe à la formation des plaques amyloïdes toxiques dans le cerveau des malades d’Alzheimer.
Une étude de 2014 menée sur des modèles cellulaires par des chercheurs de l’Université de Floride du Sud a observé que de faibles doses de THC peuvent ralentir la production de bêta-amyloïde.
Dans ce modèle, le THC n’a pas seulement réduit la formation de ces plaques : il a aussi fait baisser les niveaux de glycogène synthase kinase-3 bêta (GSK3ß), une enzyme qui contribue à la formation des enchevêtrements neurofibrillaires, des amas de protéines tau associés à Alzheimer.
3. Le cannabis comme anti-inflammatoire
L’inflammation du tissu nerveux joue un rôle central dans le développement d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives. L’inflammation chronique peut abîmer le tissu cérébral, et des études ont montré que le système endocannabinoïde participe à la régulation de la neuro-inflammation.
Des recherches ont révélé des modifications du système endocannabinoïde dans le cerveau de patients atteints d’Alzheimer, dont une augmentation des récepteurs cannabinoïdes dans la microglie.
Le cannabis pourrait aider à contrôler l’inflammation en agissant sur ces récepteurs, en réduisant la production de composés inflammatoires et en protégeant le tissu nerveux.
4. Les propriétés antioxydantes et neuroprotectrices du cannabis médical
Le stress oxydatif, causé par les radicaux libres et les espèces réactives de l’oxygène, est un facteur clé d’Alzheimer. L’inflammation provoquée par la bêta-amyloïde alimente aussi ce stress oxydatif.
En laboratoire, les cannabinoïdes ont montré des propriétés antioxydantes qui pourraient protéger les neurones des dégâts oxydatifs. Une étude de laboratoire de 2004 a montré que le cannabidiol (CBD) peut augmenter la survie des cellules exposées à la bêta-amyloïde, ce qui suggère un effet neuroprotecteur du CBD.
5. Le CBD et la stimulation de la neurogenèse
En plus de ses effets anti-inflammatoires et antioxydants, le cannabidiol (CBD) pourrait aussi stimuler la neurogenèse, c’est-à-dire la formation de nouveau tissu nerveux. C’est particulièrement intéressant pour Alzheimer, où la destruction du tissu nerveux perturbe la mémoire et les autres fonctions cognitives.
Une étude de 2011 sur un modèle animal a observé que le CBD peut favoriser la neurogenèse dans l’hippocampe, une région du cerveau clé et touchée par Alzheimer, en agissant sur le récepteur PPARγ (récepteur gamma activé par les proliférateurs de peroxysomes) et en bloquant l’action de la bêta-amyloïde.
À mesure que la recherche avance, les données, surtout issues du labo et de l’animal, suggèrent que les cannabinoïdes pourraient avoir un intérêt dans la prévention et le traitement de cette maladie dévastatrice, mais les études chez l’humain manquent encore.
Avec une meilleure compréhension du système endocannabinoïde et de son rôle dans la santé des neurones, le cannabis médical pourrait devenir un outil précieux pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’Alzheimer. Si une personne atteinte d’Alzheimer veut essayer, le mieux est d’en parler d’abord avec son médecin.
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