
Nausées de chimio, appétit, douleur : ce que le cannabis peut vraiment pendant un cancer
Dronabinol, nabilone, nabiximols, gouttes de CBD : symptôme par symptôme, ce que montrent les études, et là où elles déçoivent.
Contre les nausées et les vomissements de la chimio, les cannabinoïdes ont les données les plus solides : le dronabinol et la nabilone (du THC pris par la bouche) se sont montrés efficaces chez des patients que les traitements standard ne soulageaient pas. Pour l’appétit, le THC n’a pas fait mieux que d’autres médicaments, et pour la douleur du cancer, les résultats sont mitigés : une grande revue de 14 études n’a pas trouvé de bénéfice clair. Les gouttes de CBD contre la douleur intéressent beaucoup de monde, mais elles ne remplacent pas les traitements classiques. Voici ce que disent les études, point par point, et ce que le cannabis peut ou ne peut pas faire pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie.
Des résultats des essais jusqu’aux formes utilisées (huile, spray, vapo), on fait le tri entre ce qui est démontré, ce qui reste à prouver et ce qui ne marche pas, pour que tu saches à quoi t’attendre sans te raconter d’histoires.
Le cannabis soulage-t-il la douleur du cancer quand la morphine ne suffit pas ?
En soins palliatifs, face à la douleur du cancer, la question revient souvent : les médicaments à base de cannabis sont-ils une solution efficace ? Le message principal des études est plutôt froid : ces médicaments n’ont pas réussi à soulager la douleur chez les patients qui ne répondaient pas aux médicaments de type morphine.

Les études analysées n’ont pas non plus permis de dire clairement quelle place ces médicaments devraient occuper dans l’échelle de la douleur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour le cancer. Les chercheurs insistent sur un point : il faut des essais mieux conçus pour évaluer correctement le rôle des médicaments à base de cannabis dans la prise en charge du cancer.
La douleur liée au cancer touche beaucoup de patients, et elle a tendance à s’intensifier à mesure que la maladie avance. L’OMS recommande des médicaments de type morphine pour la douleur modérée à intense due au cancer. Mais entre une personne sur dix et une sur six qui souffrent d’un cancer ne sont pas assez soulagées par ces médicaments.
Huile, spray, comprimés : sous quelles formes on l’a testé ?
Pour répondre à ce besoin, plusieurs produits à base de cannabis ont été proposés comme alternatives : la plante de cannabis inhalée ou avalée, mais aussi des huiles, des sprays ou des comprimés qui contiennent des principes actifs du cannabis.
Certaines personnes disent que ça les soulage, mais les études actuelles montrent surtout qu’il faut de meilleurs essais pour mesurer correctement l’efficacité des médicaments à base de cannabis contre la douleur du cancer.
Comment a été menée la grande revue sur cannabis et douleur du cancer ?
L’objectif principal de cette recherche était de vérifier si les médicaments à base de cannabis soulagent la douleur chez les personnes atteintes d’un cancer, et s’ils entraînent des effets indésirables ou nocifs.
La méthode : passer en revue les essais cliniques qui comparaient des médicaments à base de cannabis à d’autres traitements de la douleur du cancer chez l’adulte. Les résultats ont été analysés et résumés en tenant compte de la méthodologie et de la taille des échantillons.
Au total, 14 études portant sur 1 823 personnes ont été retenues. Elles ont été menées dans plusieurs pays, surtout en Amérique du Nord. Certaines testaient le cannabis sur de courtes périodes, d’autres sur plusieurs semaines.
Les résultats principaux de cette revue
- Le spray buccal associant THC et CBD d’origine végétale n’a pas fait mieux que le placebo pour réduire la douleur chez des personnes souffrant de douleurs modérées à intenses liées au cancer, malgré leur traitement aux opiacés. Les effets secondaires étaient comparables dans les deux groupes.
- Un cannabinoïde de synthèse qui imite les effets du THC n’a pas semblé apporter de bénéfice net contre la douleur liée à la chimiothérapie ou à la radiochimiothérapie chez des personnes atteintes d’un cancer de la tête et du cou ou de certains cancers du poumon.
- Une dose unique d’un cannabinoïde de synthèse qui imite le THC pourrait apporter un certain soulagement, mais sans différence nette par rapport à une dose équivalente d’un médicament de type morphine.
- Le CBD n’a pas semblé apporter de plus contre la douleur chez des personnes atteintes d’un cancer avancé en soins palliatifs.
- À noter : aucune étude n’évaluait directement la plante de cannabis médical dans ce contexte, ce qui montre bien qu’il reste des recherches à faire.
Nausées, appétit, douleur : ce que disent les recherches sur les effets secondaires du cancer
Le cannabis et les cannabinoïdes ont été étudiés comme outils possibles pour gérer les effets secondaires du cancer et de ses traitements, et pour soulager la douleur. Voici ce que montrent les recherches, symptôme par symptôme.
Nausées et vomissements de la chimio : les meilleures données
- Le delta-9-THC pris par voie orale, sous forme de médicaments comme le dronabinol et la nabilone, s’est montré efficace contre les nausées et les vomissements provoqués par la chimiothérapie chez des patients qui ne répondaient pas au traitement standard.
- Le nabiximols, un extrait de cannabis en spray buccal, a aussi montré des bénéfices contre les nausées et les vomissements liés à la chimiothérapie dans un essai clinique.
Il y a eu des études sur le cannabis inhalé contre ces symptômes, mais il manque encore des recherches pour confirmer qu’il aide vraiment.
Perte d’appétit : le THC ne fait pas mieux
Dans les études cliniques, le delta-9-THC (dronabinol) n’a pas fait mieux que d’autres médicaments pour ouvrir l’appétit chez des patients atteints d’un cancer avancé.
Et à ce jour, aucune étude publiée n’a porté sur l’effet du cannabis inhalé sur la perte d’appétit chez les patients atteints d’un cancer.

Douleur : vapo, inhalation, sublingual ou voie orale ?
Selon une étude, vaporiser du cannabis en plus des opioïdes a mieux soulagé la douleur chronique que les opioïdes seuls.
Dans des essais contrôlés randomisés, le cannabis inhalé aurait soulagé la douleur neuropathique, la douleur liée aux nerfs, mais ces essais ne portaient pas spécifiquement sur des patients atteints d’un cancer.
Certaines études sur des extraits de cannabis pris par voie sublinguale (sous la langue) ont montré un soulagement chez des patients atteints d’un cancer avancé, même si la revue citée plus haut n’a pas trouvé de bénéfice clair.
Le delta-9-THC pris par la bouche aurait soulagé la douleur liée au cancer dans plusieurs études cliniques.
Mais attention : aux États-Unis, la FDA n’a autorisé ni le dronabinol ni la nabilone pour traiter la douleur liée au cancer.
Dans un essai contrôlé randomisé, des produits à base de cannabis non spécifiques n’ont pas changé de façon significative les symptômes ni les effets indésirables chez des patients atteints d’un cancer à un stade avancé.
L’intérêt pour le cannabis et les cannabinoïdes chez les patients atteints d’un cancer grandit, mais il faut encore des études pour bien comprendre leur efficacité et leur sécurité. En attendant, tout ça se discute avec l’équipe qui te suit, jamais en remplacement de ton traitement.
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